Droit du travail · Salaires
Entre le salaire brut écrit dans votre contrat et la somme reçue en fin de mois, deux retenues s'appliquent en Guinée : la cotisation sociale CNSS (part salariale) et l'impôt sur les traitements et salaires, prélevé à la source par l'employeur et souvent appelé « RTS ». Voici les taux en vigueur, la méthode de calcul pas à pas et des exemples chiffrés pour vérifier votre fiche de paie.
Sources : CNSS (taux et plafond) ; Code général des impôts, loi L/2021/032/AN, articles 58 et 63.
Étape 1 : la cotisation CNSS du salarié
La Caisse nationale de sécurité sociale fixe un taux global de 23 % du salaire soumis à cotisation : 18 % à la charge de l'employeur et 5 % à la charge du salarié. Le salaire soumis à cotisation a un plancher de 550 000 GNF (le SMIG) et un plafond de 2 500 000 GNF par mois (CNSS, cotisations sociales employeurs).
- Salaire brut de 2 000 000 GNF : 5 % × 2 000 000 = 100 000 GNF.
- Salaire brut de 6 000 000 GNF : le plafond s'applique, 5 % × 2 500 000 = 125 000 GNF. C'est le maximum de la part salariale, quel que soit le salaire.
C'est l'employeur qui verse l'ensemble des cotisations à la CNSS ; il retient la part salariale sur votre paie. La répartition par branche publiée par la CNSS : prestations familiales 6 %, accidents du travail et maladies professionnelles 4 %, assurance maladie 6,5 %, retraite (vieillesse, invalidité, décès) 6,5 %.
Étape 2 : le revenu imposable
L'article 58 du Code général des impôts prévoit que le revenu imposable se calcule en déduisant du salaire les cotisations du salarié aux assurances sociales obligatoires et les retenues pour une retraite obligatoire. En pratique : revenu imposable = salaire brut − part salariale CNSS.
Certains éléments de rémunération sont exonérés d'impôt (article 55). Les principaux :
| Élément | Traitement fiscal |
|---|---|
| Indemnités forfaitaires de logement, de transport, de panier ou de repas, primes de cherté de vie | Exonérées, mais leur total ne peut pas dépasser 25 % du salaire brut |
| Remboursement de frais professionnels réels, sur justificatifs | Exonéré |
| Allocations familiales | Exonérées |
| Indemnités de licenciement et de départ à la retraite | Exonérées |
| Salaire des apprentis sous contrat d'apprentissage | Exonéré |
| Indemnités de stage (stage de 12 mois au plus) | Exonérées jusqu'à 1 200 000 GNF par mois |
À l'inverse, les primes versées en fin d'activité pour démission sont imposables (article 54), et les avantages en nature (logement, véhicule, etc.) sont évalués à leur valeur réelle (article 53).
Étape 3 : le barème de l'impôt sur les salaires
L'article 63 du Code général des impôts fixe le barème appliqué au revenu mensuel imposable. Il est progressif : chaque tranche est taxée à son propre taux, on additionne ensuite les montants.
| Tranche de revenu mensuel imposable | Taux | Impôt maximum de la tranche |
|---|---|---|
| 0 à 1 000 000 GNF | 0 % | 0 GNF |
| 1 000 001 à 3 000 000 GNF | 5 % | 100 000 GNF |
| 3 000 001 à 5 000 000 GNF | 8 % | 160 000 GNF |
| 5 000 001 à 10 000 000 GNF | 10 % | 500 000 GNF |
| 10 000 001 à 20 000 000 GNF | 15 % | 1 500 000 GNF |
| Au-delà de 20 000 000 GNF | 20 % | — |
Ce barème est celui du Code général des impôts entré en vigueur le 1er janvier 2022 (loi ordinaire L/2021/032/AN, promulguée le 21 juillet 2021). Nous n'avons trouvé aucune modification de ces taux dans les lois de finances publiées depuis, à la date du 3 novembre 2026. En cas de doute, la Direction générale des impôts fait foi.
Exemple complet : un salaire brut de 4 000 000 GNF
- CNSS salarié : le plafond s'applique, 5 % × 2 500 000 = 125 000 GNF.
- Revenu imposable : 4 000 000 − 125 000 = 3 875 000 GNF.
- Impôt :
- tranche 0 à 1 000 000 : 0 GNF ;
- tranche 1 000 001 à 3 000 000 : 5 % × 2 000 000 = 100 000 GNF ;
- tranche 3 000 001 à 3 875 000 : 8 % × 875 000 = 70 000 GNF ;
- total : 170 000 GNF.
- Salaire net : 4 000 000 − 125 000 − 170 000 = 3 705 000 GNF.
Tableau : du brut au net
Calculs pour un salaire composé uniquement de salaire de base (sans indemnité exonérée ni avantage en nature).
| Salaire brut | CNSS salarié | Revenu imposable | Impôt sur le salaire | Salaire net |
|---|---|---|---|---|
| 550 000 GNF (SMIG) | 27 500 | 522 500 | 0 | 522 500 GNF |
| 1 500 000 GNF | 75 000 | 1 425 000 | 21 250 | 1 403 750 GNF |
| 4 000 000 GNF | 125 000 | 3 875 000 | 170 000 | 3 705 000 GNF |
| 8 000 000 GNF | 125 000 | 7 875 000 | 547 500 | 7 327 500 GNF |
| 15 000 000 GNF | 125 000 | 14 875 000 | 1 491 250 | 13 383 750 GNF |
Si une partie de votre rémunération est versée sous forme d'indemnités forfaitaires exonérées (logement, transport…), dans la limite de 25 % du brut, votre impôt sera plus faible que dans ce tableau.
Ce que paie l'employeur en plus
Le coût d'un salarié pour l'entreprise dépasse son salaire brut. En plus des retenues qu'il reverse pour le compte du salarié, l'employeur paie :
| Charge | Taux | Base | Source |
|---|---|---|---|
| CNSS, part patronale | 18 % | Salaire soumis à cotisation, plafonné à 2 500 000 GNF | CNSS |
| Versement forfaitaire sur les salaires (VF) | 6 % | Ensemble des salaires, indemnités et avantages payés | CGI, article 201 |
| Taxe d'apprentissage | 2 % | Même base que le VF ; due par les entreprises de moins de 30 salariés | CGI, articles 204 et 210 |
Pour un salaire brut de 4 000 000 GNF : CNSS patronale 450 000 GNF (18 % × 2 500 000) et VF 240 000 GNF, soit un coût de 4 690 000 GNF ; 4 770 000 GNF si l'entreprise compte moins de 30 salariés et paie la taxe d'apprentissage (80 000 GNF). Le VF et la taxe d'apprentissage ne sont jamais retenus sur le salaire.
Délais et obligations de l'employeur
- Impôt retenu : versé aux impôts dans les 15 jours du mois suivant, avec la déclaration mensuelle unique (CGI, articles 72 et 74).
- CNSS : versée dans les 15 premiers jours suivant le mois échu (le trimestre échu pour les employeurs de moins de 20 salariés) ; tout retard entraîne une majoration de 5 % par mois (CNSS).
- Pièce justificative : l'employeur doit remettre à chaque salarié un document indiquant le montant des retenues opérées (CGI, article 71).
- État annuel : en janvier, l'employeur déclare aux impôts les salaires versés et les retenues de l'année précédente, salarié par salarié (CGI, article 76).
Questions fréquentes
Je gagne le SMIG : est-ce que je paie l'impôt sur le salaire ?
Non. Après la CNSS, un salaire de 550 000 GNF donne 522 500 GNF imposables, sous le seuil de 1 000 000 GNF taxé à 0 %. Seule la CNSS (27 500 GNF) est retenue. Voir aussi notre article sur le SMIG en Guinée.
Pourquoi ma CNSS ne dépasse jamais 125 000 GNF ?
Parce que la cotisation se calcule sur un salaire plafonné à 2 500 000 GNF par mois : 5 % de 2 500 000 = 125 000 GNF.
Un stagiaire paie-t-il l'impôt ?
Non, tant que le stage ne dépasse pas 12 mois et que l'indemnité reste dans la limite de 1 200 000 GNF par mois (CGI, article 55). Pour vos droits pendant un stage, lisez Trouver un stage à Conakry.
Le salaire négocié à l'embauche est-il brut ou net ?
Précisez-le toujours par écrit. Le contrat de travail doit indiquer la rémunération : voir Contrat de travail en Guinée.
Prêt à postuler ? Consultez les offres d'emploi en Guinée et les nouvelles offres des 3 derniers jours.
Sources
- Code général des impôts de la République de Guinée, loi ordinaire L/2021/032/AN promulguée par le décret D/2021/236/PRG/SGG du 21 juillet 2021, applicable à partir du 1er janvier 2022 : articles 53 à 58 (revenu imposable et exonérations), 61 à 64 (retenue et barème), 71 à 76 (obligations de l'employeur), 201 (versement forfaitaire), 204 à 210 (taxe d'apprentissage) (texte publié par l'ITIE Guinée).
- Caisse nationale de sécurité sociale, « Cotisations sociales employeurs » : taux de 23 % (18 % employeur, 5 % salarié), répartition par branche, plancher de 550 000 GNF, plafond de 2 500 000 GNF, délais et majorations.
- Direction générale des impôts, page du Code général des impôts.
Les exemples chiffrés sont calculés par la rédaction JobGuinée à partir de ces textes. Ils ne remplacent pas le calcul de votre employeur ni l'avis d'un comptable.